Zoé

Evidemment, sa vie n’aura servi à rien.
Tout au plus inspiré quelques miettes d’attention, un filet d’affection.
Pas trop tout de même, convient-on, parce que ce n’était qu’un chien.

Evidemment, sa vie n’aura servi à rien.
Tout au plus inspiré quelques miettes d’attention, un filet d’affection.
Pas trop tout de même, convient-on, parce que ce n’était qu’un chien.

Elle n’avait aucun droit que celui d’attendre un regard, une caresse.
Me pardonnerez-vous cet écart, ces mots misérables, cette faiblesse ?
Moi qui m’occupe de ce genre humain qui me fascine et m’émerveille, moi qui souvent ne trouve d’assez bons mots pour exprimer ma fierté d’en être, de ces humains, je me dis que certains vilains méchants pourraient regretter de n’avoir été aussi bon qu’un chien.
Je suis fou, me direz-vous, mais aujourd’hui, je me fous du bon goût.

Sauvés !

Les hebdomadaires ont plus de chance que les quotidiens qui doivent se contenter, eux, du numéro du lendemain tout au plus pour tirer un peu l’actu en longueur.

Les hebdomadaires ont plus de chance que les quotidiens qui doivent se contenter, eux, du numéro du lendemain tout au plus pour tirer un peu l’actu en longueur. Comme hebdo, illustré de surcroît, on peut encore publier une vingtaine de pages consacrées à l’Euro alors que les dernières castagnettes se sont définitivement dissoutes dans la sangria.
C’est toute la difficulté de « Passer » à autre chose lorsqu’on est le jouet de son lectorat.

Sauvés, les médias, car, à quelques aubes moites des grandes vacances, là où votre quotidien ne vous sert souvent que les avis mortuaires et la page télé, voilà une aubaine providentielle en treillis, toute vivante et disponible, bref, de l’authentique chair à scoop. Ingrid Betancourt libérée…

Jeudi matin, 3 juillet 2008, 5h du mat, Google, occurrences Betancourt: 8’761.
Ce matin: 13’370’377.

Statistiquement, on devrait pouvoir tenir jusqu’aux JO… Ouf !

Il y a loin de la coupe aux lèvres et de la jungle à l’Elysée…
Ingrid, pour l’amour de la liberté, par pitié, n’en faites pas trop, épargnez-nous les unes, les confessions dans Voici, les astuces minceur dans Jeune & Jolie, laissez-moi fantasmer et prétendre que l’oppression est un charme qui va si bien aux gens de lutte, aux gens biens.

Betancourt, vous, et moi…

Désolant.

Désolant.

Bien sûr, je suis ravi que Madame Betancourt soit libérée. Bien sûr, je me réjouis qu’une femme échappe à ses bourreaux, qu’autant d’automnes de cauchemar n’aient atteint cet idéalisme farouche, mais cette candeur un peu vaine, aussi.

Bien sûr, je me suis mis à la place d’un enfant, d’un mari, d’une soeur et même d’une mère, bien sûr, j’ai entraîné ma commisération en voyant naître des comités de soutien, en mesurant cette ferveur presque païenne de milliers de braves gens pour ce nouveau Che au féminin, donc forcément plus légitime et moins banal, moins encombrant aussi que le féroce révolutionnaire dont je m’étais naïvement encombré le t-shirt, étant ado.

Bien sûr, sur cette bouffée d’aurore, j’écris son nom, liberté, liberté chérie…
Bien sûr qu’elle est belle et libre, mais ni plus ni moins libre désormais que des centaines de millions de nécessiteux à qui même l’avenir n’appartient plus.

Quant à Sarko, le voilà bien misérable dans la peau du jeune président tendance qui colle des bisous et tire la couverture en affrétant l’Airbus de la République.

Pour le reste, je laisse les seuls (et véritables !) auteurs de cette libération se débrouiller avec l’avenir, et notamment le sort des otages qui restent désormais aux mains des FARC… A l’heure où on se dit tout, vous ne trouvez pas, en somme, qu’ils se sont fait « enc… »