Marie, encore…

Bien sûr, il faut pleurer Marie et souffrir avec les siens.

Bien sûr, il faut pleurer Marie et souffrir avec les siens.

Bien sûr, l’abomination nous aspire dans son tourbillon et les médias veillent, leur grosse langue jaune pendouillant hors des caissettes, le matin… Bientôt l’Illustré – patience, plus que cinq jours – les portraits des bons et des méchants, les photos du paradis puis de l’enfer, les fleurs, les marches blanches, les blogs, les pleurs, la misère…
Bien sûr, je suis triste de voir cette jeune vie ôtée, exclue de notre entourage, rayée de nos listes d’amis… Bien sûr c’est impardonnable, mais la victime, ce soir, n’est pas celle qu’on croit. Avec leur bricolage, juges et psychologues ont ravagé bien plus que nos coeurs apitoyés. En lisant quelques lignes sur ce qu’on appelle encore «les réseaux sociaux», je vu s’évaporer l’espoir des hommes dans les limbes de la haine populaire. J’ai vu des photos de tables d’exécution, j’ai lu des insultes, j’ai entendu des vociférations réclamant le rétablissement de la peine capitale…J’ai sentis les gens glisser loin de leurs propres idéaux, j’ai vu mourir l’espérance. Le minus qu’a laissé s’échapper notre justice n’est que l’otage de nos propres consciences, malmenées, secouées, puis stimulées par le nombre et la nature des affaires, toujours plus sordides et perverses. Oui, c’est bien l’espérance dont on doit faire le deuil aujourd’hui, Marie n’en est que la marraine sacrifiée.

Pierre d’O